« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je me suis demandé si les Noirs avaient tellement travaillé ». Cette phrase du parfumeur Jean-Paul Guerlain tenue en 2010, sur le plateau de télévision de France 2, fait bondir la réalisatrice-scénariste Isabelle Boni -Claverie. Elle crée une page Facebook dénommée ‘‘ Moi non plus j’veux pas bosser comme une nègre’’ pour dénoncer ces propos jugés racistes et, dans la foulée, avec des associations, appelle à une manifestation devant la boutique Guerlain, sur l’avenue des Champs-Elysées. De cette prise de conscience du racisme ordinaire en France, elle en fait un documentaire diffusé sur la chaine franco-allemande Arte et un livre ‘‘ Trop Noire pour être française *’’. Cette scénariste-réalisatrice ayant collaboré à des téléfilms comme ‘‘Plus belle la vie’’ ou ‘‘Diane Femme Flic’’ pour des chaines de télévision française parle de son livre et de son vécu face au racisme rampant en France. Entretien avec une écrivaine engagée.

 

BLAMO’O : Isabelle Boni -Claverie, bonjour ! Dans votre livre, vous évoquez le racisme dont vous avez été victime, enfant. Comment prend-on conscience à cet âge d’une telle situation de différence ?

Isabelle Boni -Claverie : J’avais 6 ans et étais élève dans une école privée catholique où, chaque année, on faisait une crèche vivante ; et on me dit toi, tu vas « faire « Balthazar, le roi mage qui vient d’Afrique parce que tu es la seule élève Noire de l’école. Alors que j’avais envie d’être Marie portant l’enfant Jésus. Ça été une révélation alors que je ne me situais pas en fonction de la couleur de ma peau. J’en ai été choquée.

Devenue adulte pensez-vous avoir été victime de racisme ?

Je subis, comme la majorité des Noirs en France, des propos racistes, des discriminations ou remarques désagréables liées à la couleur de ma peau.

Vous êtes petite fille de Alphonse Boni, premier garde des sceaux et ministre de la justice de la côte d’ivoire indépendante. Quels souvenirs en gardez-vous ? A-t-il lui-même été victime de racisme ?

J’en garde de très bons souvenirs. Il est arrivé en 1924 en France pour des études secondaires puis universitaires. Il deviendra magistrat français. Il a rencontré ma grande mère qui était blanche à la fac de Toulouse. Ils tomberont très vite amoureux durant50 ans. Leur mariage religieux a dû être célébré dans la nuit cause des préjugés de l’époque. Elle n’avait jamais rencontré d’homme Noir dans sa vie.

Depuis la sortie de votre livre et du documentaire éponyme « trop Noire pour être française » pensez-vous avoir obtenu des avancées ?

Oui, je le pense, puisque de plus en plus d’associations se sont saisies de la question du racisme et une vague de mouvements citoyens et une prise de conscience ont émergés.

Ne craignez-vous que vos deux enfants soient aussi victimes de racisme ?

Non. Je souhaite qu’ils puissent jongler entre les deux cultures, fiers de leur identité ; qu’ils connaissent leurs racines et se disent que le monde leur appartient.  C’est de cette façon qu’ils seront prémunis.

Avec tout le racisme décrit dans vos livre et documentaire vous sentez-vous plus ivoirienne que française ?

Non. Je suis très fière de mes deux racines. Je suis la somme de ces cultures où je puise allègrement pour vivre.

N’avez-vous pas l’impression qu’au final, les métis sont mieux acceptés en Afrique qu’en France ?

Je ne partage pas votre point de vue. Vous ne manquez pas de parler de votre attachement à la Côte D’ivoire.

Y allez-vous souvent ?

Je porte la Côte D’ivoire dans mon coeur même si ça fait 5 ans que je n’y suis pas retournée.

Quelle musique écoutez-vous en Côte D’ivoire ?

J’aime et écoute beaucoup Alpha Blondy qui a marqué mon adolescence.

Quel est votre plat typique ivoirien ?

Je raffole de l’alloco poulet braisé.

Quelle est votre actualité immédiate ?

Je travaille actuellement sur l’écriture d’un film.

Quel en sera la trame ?

Je préfère ne pas en parler pour le moment.

Avez-vous un message pour vos compatriotes Ivoiriens ?

Je souhaite la paix. Et rêve d’une Côte d’Ivoire unie donnant sa chance à tous.

Propos recueillis au téléphone

Par notre correspondant en France

Georges-Eden BOBIA

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